Cela ne vient pas de vous, cela vient de la situation
La dernière fois, nous avons écrit sur ce sentiment que presque tout le monde connaît : ce malaise quand un appareil est braqué sur vous. Aujourd’hui, nous allons un pas plus loin. Car ce sentiment a une cause. Et cette cause n’est pas en vous.
Beaucoup de gens pensent qu’ils ne sont tout simplement pas photogéniques. Que certaines personnes sont bonnes en photo et d’autres pas. Mais c’est faux. Ce qui est vrai : certaines personnes sont devenues meilleures pour gérer une situation artificielle. Et c’est tout autre chose.

Ce qui se passe dans votre cerveau
Au moment où vous savez que vous êtes photographié, votre cerveau bascule dans un autre mode. Vous devenez conscient de vous-même. De votre posture, de votre visage, de vos mains. Vous réfléchissez à l’impression que vous donnez.
Les psychologues appellent cela la conscience de soi en situation sociale. C’est la raison pour laquelle votre voix sonne autrement quand vous l’entendez enregistrée, ou pour laquelle vous marchez autrement quand vous savez que des gens vous regardent. Votre comportement change dès que vous savez que vous êtes observé.
En photographie, cet effet est encore plus fort. Non seulement on vous regarde, mais c’est aussi enregistré. Pour toujours, ou du moins c’est ce que l’on ressent. Et cela ne fait qu’augmenter la pression.
L’appareil comme un miroir auquel vous ne vous fiez pas
Il y a encore autre chose. La plupart des gens ont une image faussée de leur apparence. Non parce qu’ils se sous-estiment, mais parce qu’ils se voient toujours dans un miroir. Et un miroir montre une image inversée, littéralement.
Sur une photo, vous vous voyez comme les autres vous voient. Et c’est une autre expérience. Des choses qui vous paraissent normales dans le miroir semblent soudain étranges sur une photo. Vos cheveux tombent autrement. Votre sourire est du mauvais côté. Votre visage n’est pas symétrique, car aucun visage ne l’est.
C’est ce qui fait que beaucoup de gens rejettent leurs propres portraits sans savoir exactement pourquoi. C’est techniquement juste, mais cela ne semble pas juste. Et ce sentiment a tout à voir avec la reconnaissance, pas avec la qualité.
La séance courte aggrave les choses
La plupart des séances portrait sont courtes. Vingt minutes, une demi-heure. Vous entrez, on vous place, on fait des photos et vous repartez. Ce modèle fonctionne pour des photos d’identité. Mais pour un portrait qui montre vraiment quelque chose de qui vous êtes, c’est beaucoup trop peu.
Pendant ces vingt premières minutes devant l’objectif, vous êtes encore en train de vous acclimater. Vous vous habituez à la lumière, à la présence du photographe, à l’idée d’être photographié. Vous n’êtes pas encore vous-même.
Nicky Colen a très justement décrit la différence que fait une autre approche : “Nous avons d’abord eu de bonnes conversations, du sérieux au fou rire, et ce n’est qu’après que l’appareil est apparu. C’est étonnant de voir comment une approche différente fait qu’on est plus détendu sur la photo.”
C’est précisément ce qui manque dans une séance standard : le temps d’atterrir.
Ce que cela signifie pour vos photos
Si vous vous reconnaissez dans ce qui précède, sachez ceci : les photos que vous avez fait faire jusqu’à présent ne montrent pas votre apparence. Elles montrent votre apparence quand vous êtes tendu et que vous ne savez pas quoi faire.
C’est une grande différence.
Un portrait qui sonne juste demande une situation dans laquelle vous perdez cette tension. Dans laquelle vous ne réfléchissez plus à votre posture ni à votre sourire, mais êtes simplement présent. Et cela demande du temps. Du calme. Et un photographe qui le comprend.
Kristina Baskakova l’a dit ainsi après coup : “He’s managed to calm the storm with which I’ve arrived to his studio just by being him.”
Parfois, il n’y a pas grand-chose à faire. Parfois, la bonne atmosphère suffit déjà.
Dans le prochain billet
Nous parlerons de ce qui rend vraiment un portrait bon. Et la réponse n’a rien à voir avec un beau visage ni avec le bon éclairage. Elle a à voir avec quelque chose de bien moins saisissable, mais d’autant plus visible sur la photo.
Une séance portrait n’a pas à être inconfortable. Avec PAUSE, nous commençons par une conversation et l’appareil n’apparaît que lorsque vous êtes prêt. Simplement prendre le temps, et voir ce qui naît alors. Découvrez comment fonctionne PAUSE.