Le carré de l’exposition
La base de la photographie : le triangle d’exposition, composé de l’ISO, de la vitesse d’obturation et de l’ouverture. Ils se partagent le gâteau qu’on appelle “la bonne exposition”. C’est du moins ce que m’a appris ma professeure de la Fotovakschool. Si vous laissez passer moins de lumière avec une vitesse plus rapide, cela doit être compensé quelque part. Il faut alors ajuster votre ouverture ou augmenter votre valeur ISO. Chaque déplacement a ses avantages et ses inconvénients. Selon la situation dans laquelle vous voulez faire la photo, vous choisissez les bonnes valeurs.
J’ai fait des tentatives acharnées, vraiment. Appareil en mode M, évidemment, et les doigts sur les molettes. C’est comme trois verres doseurs remplis d’eau. Un peu plus d’eau hors de l’un, un peu plus dans l’autre. La quantité totale reste la même, mais dans d’autres proportions. Et pourtant je n’étais pas satisfait.
Ce triangle d’exposition. Avec d’autres photographes, je collabore à une émission photographique pour Omroep Gelderland (Focus op Gelderland) et ce triangle d’exposition est devenu au fil du programme, en coulisses et sans qu’on l’ait voulu, une sorte de running gag. On peut en effet très facilement trop réfléchir à ce triangle. Si vous lui accordez trop d’importance et que vous vous fiez à cent pour cent au posemètre de votre appareil, vous obtenez de belles photos bien exposées, mais peut-être aussi très ennuyeuses.
La créativité se trouve au bout de votre zone de confort. Vous devez explorer ce triangle d’exposition. Vous devez vous l’approprier. Je n’aime pas le mot “devoir”, mais ici je dois l’employer. Sans une connaissance solide de l’ISO, de l’ouverture et de la vitesse, il est impossible de sortir du lot. Et dès que vous le connaissez parfaitement, je vous conseille de le lâcher au plus vite. Et “lâcher” est ici un mot choisi sciemment, et beaucoup trop grand. À notre époque, nous avons en effet tous un petit écran sur notre appareil, et celui-ci montre plutôt bien quel genre de photo nous sommes en train de faire. Si vous trouvez la photo bien exposée, vous déclenchez. Si vous la trouvez trop claire ou trop sombre, vous repensez au triangle d’exposition, vous tournez la molette que vous voulez ajuster, et vous déclenchez encore une fois.
Ce n’est pas du tout un triangle. C’est un carré de l’exposition. Si l’on prend tout en compte, cet appareil a beau vouloir tout ce qu’il veut, c’est vous qui faites cette photo. C’est vous qui voulez une certaine exposition. Votre créativité. Trois côtés, c’est beaucoup trop limité, de mon côté à moi. Sans votre touche personnelle, votre appareil fait, avec un équilibre parfait dans le triangle d’exposition, une photo bien exposée. Rien de plus. Mais c’est vous qui faites la photo. C’est vous qui déterminez la quantité de lumière. Ce n’est qu’en prenant en compte le quatrième côté, le vôtre, que la boucle est bouclée.
Bon amusement avec votre appareil.
Vous voulez aussi savoir comment ces réglages se traduisent d’un format d’appareil à l’autre ? J’ai réuni la focale et l’ouverture par taille de capteur.
Cet article est d’abord paru dans Focus Magazine (le meilleur magazine photo des Pays-Bas), pour lequel j’ai eu le plaisir d’écrire une chronique dans chaque numéro en 2023 et 2024.