Raconter des histoires
Écrire une chronique, une légende ou un article de blog n’a rien de sorcier. Pour écrire quelque chose d’intéressant, vous n’avez pas besoin d’attendre l’inspiration pendant des heures ni de faire de longues promenades. S’il faut vraiment forcer pour sortir votre histoire, elle n’en vaut peut-être pas la peine. Comme photographe, vous écrivez avec des images, que vous soyez photographe d’intérieur ou portraitiste. Ce n’est pas seulement le photographe documentaire ou de presse qui documente une histoire. Nous le faisons tous.
Pensez à la photographie éditoriale ou à un portrait éditorial : des images qui portent délibérément un récit.
Que votre préférence aille à cet arbre-là sur une colline couverte de bruyère, ou à la capture du caractère de quelqu’un dans un portrait en noir et blanc très contrasté, vous écrivez une histoire. Votre récit visuel singulier doit inviter les gens à lire votre histoire et à acheter votre livre de photographies. J’ai acheté récemment Images à la Sauvette (One Decisive Moment) d’Henri Cartier-Bresson, parce que je trouve l’histoire si belle. C’est comme un conte sur la photographie de rue, qui vous emmène à une époque de chapeaux melon et de longs manteaux, d’autoroutes sans embouteillages et d’enfants qui regardent l’objectif avec étonnement. Partout dans le monde.
Vous cherchez encore ce genre d’inspiration ? J’ai dressé une liste des livres photo que je recommande, et mes propres livres se trouvent sur une page à part.
L’histoire qui accompagne la photo, vous l’écrivez, ou vous laissez le spectateur l’inventer et la transmettre. C’est comme les contes d’autrefois, ces vieux récits populaires qu’on transmettait au coin du feu aux générations nouvelles. Nous lisons une photo et nous en cherchons l’origine : quel appareil a été utilisé, comment est-il ou elle arrivé à cette photo ?
Et pourtant, je vois et j’entends souvent des photographes qui se battent avec le texte. C’était déjà le cas quand, dans mon entreprise précédente, Yoast, celle du plugin, je conseillais des gens sur l’optimisation de leur site (le SEO). “Écrivez un texte d’accompagnement”, disais-je à un photographe. Et après une bonne hésitation, le photographe de mariage écrivait un récit enlevé sur cette belle journée. L’histoire était déjà écrite, simplement pas encore sur le papier. Si vous pouvez parler des heures pendant un dîner de tout ce que vous avez vécu, alors vous savez raconter des histoires, et les traduire en chroniques, en légendes et en articles de blog. Je ne dis d’ailleurs nulle part que c’est une obligation, hein. Pas du tout.
J’écris intuitivement, toujours. Le réveil sonne à six heures et j’ouvre Instagram sur mon iPad. Je choisis soigneusement la photo du jour et je commence à écrire. La première phrase porte sur la photo. Le reste vient comme il vient, et généralement je remplis entièrement le nombre maximal de caractères de la légende. Ces derniers mois, il en est né un journal, un conte moderne de quelqu’un qui s’enfonce toujours plus loin dans le marais qu’on appelle la photographie. Je n’écris pas sur les sorcières que je croise, mais sur les miettes de pain devenues introuvables. L’étape suivante, la dernière aventure. Il n’y a pas de carte, mais il y a des trésors cachés. Demain naîtra une nouvelle histoire, pendant que je me frotte les yeux.
La photographie est un sujet qui se prête aux contes modernes. On s’y perd, et chaque lieu a ses propres histoires. Mon roi s’appelle Stephan Vanfleteren, ma fée est Valérie Jardin. Je pars régulièrement avec les six autres nains et, seul dans une ville, je me sens comme Nello errant avec Patrasche et cherchant refuge dans une église ou un musée. Regardez maintenant votre dernière photo. Quelle histoire vouliez-vous raconter ? L’avez-vous fait, ou avez-vous tout laissé au spectateur ? Je suis curieux. Allez remplir votre livre de contes !
Cet article est d’abord paru dans Focus Magazine (le meilleur magazine photo des Pays-Bas), pour lequel j’ai eu le plaisir d’écrire une chronique dans chaque numéro en 2023 et 2024.