9 conseils pour photographier sous la pluie dans la rue
L’autre jour, je me suis retrouvé dans une rue où, franchement, personne n’avait envie d’être. Enfin, c’est l’impression que ça donnait. La pluie arrivait droit dans la figure, les gens rentraient les épaules, les sacs passaient au-dessus des têtes, un homme essayait de faire du vélo avec un parapluie et regrettait visiblement son choix. J’étais sous un auvent, soi-disant pour garder mon appareil au sec, mais surtout parce que je n’avais pas très envie.
Et puis il s’est passé plein de choses.
Une femme a mis le pied dans une flaque exactement au moment où un bus passait. Pas terrible pour ses chaussures, très bien pour ma photo. Un enfant regardait la pluie en l’air comme si quelqu’un avait oublié de fermer le robinet. Un couple essayait de tenir sous un seul parapluie, ce qui sonne toujours plus romantique que ça ne l’est, parce qu’en général l’un des deux finit juste trempé.
Photographier sous la pluie, c’est du bazar. On peut le dire simplement. Mais pour la photographie de rue, la pluie est aussi un cadeau. La ville change. Les gens bougent autrement. La lumière devient plus douce, les rues se mettent à briller et tout le monde a soudain un petit problème à résoudre. Souvent, il y a une photo là-dedans.
1. N’attendez pas que ça sèche
Mon premier réflexe reste encore d’ouvrir l’appli météo et de regarder quand les choses vont redevenir normales. Comme si normal voulait toujours dire mieux. Ce n’est pas le cas. Sous la pluie, une rue devient moins prévisible. Les gens accélèrent, hésitent aux passages piétons, cherchent un abri, se rentrent presque dedans parce que tout le monde regarde par terre sous son parapluie.
Si vous attendez que la pluie s’arrête, vous photographiez surtout l’après-coup mouillé. Ça peut être beau, mais vous ratez les comportements. Et c’est justement ça qui rend la photographie de rue intéressante. La pluie n’est pas seulement la météo. C’est une metteuse en scène qui fait bouger tout le monde un peu autrement.
2. Cherchez les endroits où les gens doivent choisir
Sous la pluie, les zones de passage deviennent intéressantes. La sortie d’une gare. Un arrêt de bus. Un passage piéton. Le bord d’un marché. Un trottoir étroit avec trop de parapluies. Une vitrine devant laquelle les gens restent juste un instant avant de se décider à entrer dans la rue mouillée.
À ces endroits-là, vous voyez des décisions. Est-ce qu’ils courent ? Est-ce qu’ils attendent ? Est-ce qu’ils partagent un parapluie ? Est-ce qu’ils tirent leur veste au-dessus de leur tête ? La photographie de rue vit de ces petits choix. La pluie les rend visibles.
Je reste souvent plus longtemps à ce genre d’endroits que je ne le ferais d’habitude. Pas parce que je suis si patient, loin de là, mais parce que le lieu continue de fonctionner. Chaque minute, quelqu’un d’autre arrive et doit gérer à nouveau la même situation mouillée.
3. Utilisez les reflets sans en faire un petit truc
Les trottoirs mouillés, les vitres, les abribus et les flaques donnent des reflets. Tout le monde le sait. Le piège, c’est de ne plus photographier que des reflets parce qu’ils ont tout de suite l’air très photographiques. Avant de vous en rendre compte, vous rentrez avec vingt photos d’immeubles à l’envers dans des flaques. Ça peut être beau. Ça peut aussi donner l’impression que votre appareil cherchait un économiseur d’écran.
J’essaie surtout d’utiliser les reflets quand ils ajoutent quelque chose à ce qui se passe déjà. Un visage qui apparaît en double dans une vitrine. Un parapluie qui revient comme une tache de couleur sur la chaussée. Un lampadaire qui trace soudain une ligne dans une flaque, pile dans votre composition.
Le reflet n’est alors pas le sujet, mais une couche. En général, la photo y gagne.
4. Regardez les parapluies, mais ne leur faites pas aveuglément confiance
Les parapluies sont formidables et agaçants à la fois. Ils donnent des formes, des couleurs et des répétitions. Ils cachent aussi les visages, transforment tout le monde en champignon ambulant et viennent se planter dans votre composition exactement au moment où vous pensiez tenir quelque chose.
Ils restent utiles. Surtout si vous regardez le rythme. Trois parapluies sombres à la suite. Un jaune au milieu de tous les noirs. Un parapluie qui bascule juste un peu dans le vent. Quelqu’un à moitié visible sous le bord.
N’attendez pas seulement le visage parfait sous un parapluie. Regardez aussi la posture. Un dos courbé, une main autour d’un sac, une épaule qui remonte. La pluie rend le langage du corps plus clair. Les gens pensent moins à être beaux et plus à rester secs. Ça aide.
5. Photographiez plus près des bords
Sous la pluie, la vie se déplace vers les bords. Sous les auvents, le long des façades, dans les porches, juste à l’entrée d’un magasin. Il s’y passe souvent plus de choses qu’au milieu de la place, où tout le monde veut surtout partir le plus vite possible.
J’aime bien ces endroits à moitié. Ni dedans, ni dehors. Les gens remettent leur capuche en place, secouent leur parapluie, consultent leur téléphone, regardent si l’averse se calme. Ce ne sont pas de grands moments, mais la photographie de rue n’a pas toujours besoin d’être grande. Franchement, la plupart du temps, ça devient surtout fatigant.
Placez-vous aussi de temps en temps à ce genre de bord. Vous êtes un peu plus au sec et vous regardez les gens venir vers vous depuis la pluie. Ça calme votre cadre. Et parfois aussi votre tête, ce qui n’est pas rien.
6. Acceptez le mouvement
La pluie et la hâte vont ensemble. Les gens marchent plus vite, les vélos deviennent plus hésitants, les voitures tirent des traînées sur l’asphalte mouillé. Vous n’avez pas besoin de tout figer. Un peu de mouvement peut très bien raconter ce que l’on ressentait dans la rue.
Un manteau flou, un cycliste pas tout à fait net, une main qui remonte d’un coup pour attraper une capuche. Si tout est techniquement parfaitement arrêté, la pluie peut soudain devenir très sage. Alors que dans la rue, c’était plutôt le désordre.
Je ne dis pas que le flou est toujours de l’art. Parfois, c’est juste raté. Il faut rester honnête là-dessus. Mais sous la pluie, vous pouvez penser un peu plus large. La photo n’a pas besoin de prouver que votre appareil était assez rapide. Elle peut aussi faire sentir que la ville était pressée.
7. Choisissez des compositions plus simples
La pluie rend une rue chargée. Parapluies, gouttes, trottoirs brillants, phares, manteaux mouillés, gens qui accélèrent sans prévenir. Si vous voulez en plus tout mettre dans une seule photo, ça devient vite de la soupe. De la soupe mouillée, dans ce cas.
Sous la pluie, j’essaie souvent de regarder plus simplement. Une couleur qui ressort. Une personne contre un mur calme. Un mouvement sur un trottoir presque vide. Un reflet qui vaut la peine.
Ça peut sembler évident, mais dans la rue, on oublie vite ce genre de choses. Vous voyez du potentiel partout et vous pensez qu’il faut tout prendre. Pas besoin. Un seul élément bien choisi suffit souvent.
8. Pensez à votre propre place dans la rue
Par temps sec, vous pouvez facilement continuer à flâner. Sous la pluie, il vaut mieux choisir votre position avec un peu plus d’attention. D’où vient la lumière ? Par où passent les gens ? Où pouvez-vous vous tenir sans devoir essuyer votre objectif toutes les trente secondes ? Où avez-vous un arrière-plan qui ne se bouche pas aussitôt avec des vélos garés, des poubelles et autres douceurs néerlandaises ?
Un bon endroit vous épargne du travail. Vous n’avez pas besoin de courir après chaque photo possible. Vous laissez la rue venir à vous. Ça sonne zen, mais en général ça veut juste dire rester cinq minutes sous un auvent en attendant que quelqu’un avec une belle veste tourne au coin.
Et oui, parfois il ne se passe rien. Alors vous continuez. Ça aussi, ça fait partie du jeu.
9. Continuez un peu après l’averse
Quand la pluie s’arrête, les gens recommencent à marcher droit. Les parapluies se referment, les terrasses sont prudemment reconquises, quelqu’un essuie une selle avec sa manche. La rue est encore mouillée, mais l’ambiance change.
Je trouve souvent ce moment au moins aussi intéressant que l’averse elle-même. Il y a du soulagement dedans. La ville expire un peu. La lumière peut soudain tomber joliment sur les pierres mouillées, sans que tout le monde cherche encore en panique un endroit sec.
Alors ne vous arrêtez pas tout de suite. Ne rangez pas votre appareil dès qu’il ne pleut plus. Restez encore un quart d’heure. C’est souvent exactement le morceau que vous auriez raté en suivant trop proprement la météo.
Apprendre la photographie de rue par vrai temps
Dans mes ateliers de photographie de rue, on sort simplement en ville. Même quand la météo ne fait pas ce qu’on avait commandé. Peut-être surtout à ce moment-là. La pluie vous oblige à regarder autrement, à réagir plus vite et à moins attendre les conditions parfaites.
Au fond, c’est une grande partie de la photographie de rue : ne pas espérer tout contrôler, mais apprendre à regarder ce qui se passe quand même. Avec les chaussures mouillées, s’il le faut.